Partie 9 Un nouveau modèle de rayonnement
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« Le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur » écrivait Charles de Gaulle.
Pour lui, cette grandeur n’était pas une fin en soi, mais le moyen d’éviter que le peuple français ne s’enlise dans les marécages de la division : pour que les Français tiennent debout et restent unis, il leur faut un destin qui les dépasse. La France doit donc rayonner pour être la France, et cela tombe bien, car elle a toujours un message à porter au monde.
Le message que la France porte au monde
À l’heure où tant de pays glissent vers un techno-autoritarisme de surveillance généralisée, au service d’une caste ou d’un seul homme, la France doit reprendre le flambeau du monde libre et proposer une voie entre le modèle américain et le modèle chinois. Cette voie est attendue : du peuple d’Iran aux étudiants chinois, des femmes afghanes à tant d’autres, beaucoup n’ont pas renoncé à l’idée que la démocratie, l’État de droit et les droits humains restent les meilleures valeurs au monde. La France les incarne, comme elle incarne la voie du droit international, seule capable de régler les litiges par la diplomatie plutôt que par la force, dans un monde dont la stabilité conditionne le développement de milliards d’êtres humains.
Notre modèle de société du bien-être porte en lui de grands idéaux, qu’il sait tenir sans verser dans leurs dérives : une meilleure santé et une vie allongée sans le transhumanisme américain, une meilleure sécurité sans la société autoritaire, une protection contre tous les risques sans le communisme, des services publics de proximité sans le gosplan, une économie décarbonée sans la dictature écologique, et de grands défis technologiques, énergie nouvelle, recul du cancer, conquête spatiale, à partager avec l’humanité. Ce modèle s’inscrit dans une revendication morale neuve, celle d’un droit au bien-être, physique et psychologique, recherché non pour soi seul mais pour tous : car le bien-être que l’on veut pour autrui devient amour d’autrui, et place au cœur de tout la valeur de la Vie, humaine, animale, végétale, jusqu’à la quête de ses origines dans l’Univers. Voilà le message que la France peut porter. Et pour le porter, elle doit rayonner par elle-même et au sein d’une nouvelle Europe.
Une France qui rayonne par sa culture
La culture française a toujours fait rêver, mais pour s’exporter, elle doit d’abord vivre au-dedans. Nous encouragerons la création par les ateliers et résidences d’artistes, les achats publics d’œuvres, le renforcement des centres socioculturels pour le spectacle vivant, et une grande politique de rénovation et de sécurisation des musées. Voie d’intégration, la culture doit aussi aller vers ceux qui n’y vont pas : nous la délocaliserons dans les quartiers, les campagnes et les écoles avec un Louvre et un Orsay itinérants, faisant circuler les œuvres des réserves, et des musées numériques visitables à distance par casque 3D. Sur le modèle de la fête de la Musique, une grande fête nationale célébrera les arts de la scène, théâtre, danse, opéra, comédie musicale, dans la rue et pour tous.
Nous bâtirons aussi de nouveaux vecteurs d’influence, comme le Japon avec le manga ou la Corée avec la K-pop et les séries : le jeu vidéo, où nous avons Ubisoft et tout un tissu de studios pour toucher la communauté mondiale des joueurs, et le film d’animation, où notre écosystème est remarquable. Nous protégerons le cinéma français, soutiendrons ses talents et sa diversité, et renforcerons l’audiovisuel public pour alimenter une grande plateforme francophone de streaming, sans fusionner les médias mais en coordonnant leurs actions, sous le regard de l’ARCOM et d’une mission parlementaire permanente garante du bon usage des fonds et du pluralisme. Nous protégerons la presse et le livre, prolongerons le fonds d’urgence pour la presse, accompagnerons la transformation numérique des rédactions, obligerons les plateformes à rémunérer les contenus en renforçant le droit d’auteur, y compris face à l’intelligence artificielle, préviendrons les concentrations, maintiendrons le prix unique du livre étendu au numérique, créerons une fête nationale du livre jeunesse et soutiendrons les librairies françaises à l’étranger.
Nous renforcerons nos médias publics à l’international pour diffuser notre vision du monde, valoriserons de nouvelles stars porte-étendards de la culture française, et favoriserons les arts nouveaux comme le digital art, dont les premiers musées éblouissent au Japon. Nous créerons un CAPES d’histoire de l’art. Nous soutiendrons les écoles de musique, de danse et les Conservatoires en veillant à accroître à la fois leurs capacités d’accueil et en développant davantage les bourses permettant à des enfants issus de familles modestes mais talentueux de suivre des cours. Nous développerons aussi des classes préparatoires avec bourses pour présenter les concours nationaux de danse, de théâtre, de musique afin d’augmenter l’égalité des chances d’accès aux formations les plus prestigieuses de nos académies et écoles d’arts. Nous veillerons aussi à une meilleure mise en valeur des œuvres artistiques créées par des femmes.
Nous protégerons enfin nos métiers d’art par la propriété intellectuelle et les indications géographiques, car à côté du luxe, ce sont aussi la porcelaine de Limoges, la dentelle de Calais, le savon de Marseille, le couteau de Laguiole, les cristaux de Baccarat ou les tapisseries d’Aubusson… qui portent l’image de la France.
En parallèle, nous développerons une nouvelle politique pour valoriser notre langue française et nos cultures régionales. L’objectif est de faire en sorte que chaque personne vivant en France maîtrise la langue française et d’assurer sa promotion à l’étranger et particulièrement au sein des pays francophones tout en garantissant le maintien et l’enseignement sur notre territoire des langues régionales.
Nous créerons un programme « Victor Hugo » sur le modèle du programme d’échanges Erasmus afin de permettre à des étudiants étrangers francophones de venir étudier un ou deux ans en France au cours de leur cursus réalisé à l’étranger, notamment dans les universités des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud.
Nous réinvestirons dans les programmes d’enseignement de l’orthographe tout au long de la scolarité afin d’éviter que le langage SMS ne vienne dénaturer la langue française.
Une France qui rayonne par le sport
La France rayonnera aussi par ses exploits sportifs, qui visent l’excellence, soudent la Nation derrière ses champions et entretiennent la santé de tous. Nous viserons 45 médailles, dont 15 en or, aux Jeux de Los Angeles en 2028, et le top 5 mondial dans la plupart des disciplines. Pour cela, nos 170 000 clubs et 17 millions de licenciés recevront, via les Régions, une dotation de 200 millions d’euros par an, conditionnée au respect de la laïcité dans le sport, et une dotation de 500 millions par an sur 5 ans rénovera des équipements dont quatre sur dix ont plus de 40 ans. Nous reviendrons à la semaine de cinq jours avec le mercredi matin, mais la classe finira à 15 heures pour laisser, quatre après-midis par semaine, une heure et demie de sport en clubs scolaires. Le drapeau français flottera dans chaque club, qui formera ses licenciés aux valeurs du sport comme à l’amour de la France.
Une France qui rayonne par ses citoyens et ses bâtisseurs
Nos compatriotes et nos entreprises à l’étranger sont des ambassadeurs de la France. Nous encouragerons les jeunes générations à tenter l’aventure économique au-dehors, notamment en Afrique, continent de la croissance du XXIe siècle, réinvestirons dans les consulats pour qu’ils redeviennent la mairie des Français de l’étranger, ouverte sans rendez-vous. Nous renforcerons les bourses scolaires. Nous garantirons, via la Caisse des Français de l’étranger, un accès permanent à la sécurité sociale, et des soins sans délai de carence au retour en France en contrepartie d’une cotisation tout au long de la vie d’expatrié.
Rayonner, c’est aussi retrouver l’ambition des bâtisseurs, redonner sa place à l’architecture et à la recherche du beau. C’est se donner 10 ans pour édifier une ville nouvelle, laboratoire d’un monde nouveau où artistes, ingénieurs et architectes donneraient le meilleur d’eux-mêmes, abritant une bibliothèque numérique vouée à conserver tout le savoir de l’humanité et un grand musée d’histoire de France, et affirmant, après le tournant trumpiste des États-Unis, que la France est prête à reprendre le rôle de leader du monde libre, tout en rééquilibrant le territoire face aux métropoles. C’est aussi renouer avec les grands gestes architecturaux des présidents bâtisseurs, autour d’un projet dédié à la Nature, Planète Bleue, la Cité de la Vie, lieu de découverte de la beauté du vivant et des océans, et espace pédagogique sur les technologies qui protègent la planète comme sur celles qui la menacent.
Rayonner, enfin, c’est nouer de nouveaux partenariats. Un statut de villes amies offrirait à la France un cadre privilégié pour diffuser sa culture, ses projets et son commerce. Et comme la Chine a bâti les Nouvelles Routes de la Soie, la France lancerait les Routes du Succès, fondées sur l’innovation et l’échange équitable, en trois volets : un plan Hub Outre-Mer faisant de chaque territoire un pôle de compétitivité sur son continent, par l’investissement dans les ports, aéroports et centres de recherche ; un nouveau pacte Europe-Afrique donnant, avec l’Union, la priorité aux infrastructures d’éducation, de santé et de transport en échange d’un accès aux marchés et aux matières premières ; et une vraie stratégie indo-pacifique, élargie à l’Asie centrale, pour de nouveaux partenariats technologiques et énergétiques là où vit 70 % de l’humanité.
Une nouvelle Europe
La France rayonnera enfin à travers une Europe nouvelle, plus forte, capable de garantir la paix. L’Europe n’est pas un choix, c’est une nécessité : entre la fin de la paix romaine, en 180 après Jésus-Christ, et 1945, le territoire de l’actuelle Union n’a pas connu trente années de paix continue, et il suffit de regarder, depuis trente ans, l’ex-Yougoslavie, la Géorgie, l’Arménie ou l’Ukraine pour mesurer ce qui nous attendrait sans elle. L’Europe est le bien le plus précieux qui nous soit arrivé depuis 1945, celui qui nous permet de nous endormir sans craindre les bombes. Ceux qui veulent la détruire oublient de dire que l’alternative à l’Europe, c’est la guerre.
Fonctionne-t-elle bien pour autant ? Non. Elle a apporté la paix et la prospérité, mais pour bâtir son marché, elle s’est faite monstre réglementaire, normant le débit des pommeaux de douche et la courbure des bananes, sans devenir une puissance. Géant commercial et nain politique, elle est spectatrice des conflits à ses portes, écartée des négociations sur l’Ukraine, divisée face à la Chine et aux États-Unis, ces derniers passés du statut d’allié à celui de partenaire brutal qui humilie l’Europe de ses diktats commerciaux. Or l’Union ne peut devenir une puissance politique : cela exigerait l’accord unanime des 27, impossible tant les visions divergent, et qu’aucun peuple ne validerait par référendum. Mais la liquider pour revenir aux nations seules, comme le proposent les extrêmes, serait un suicide : seule, la France ne pèserait rien face aux États-Unis, à la Chine ou à la Russie, et finirait en colonie. Impossible de transformer l’Union, impossible de faire sans elle : il faut donc inventer une autre Europe.
Nous avons besoin d’une Europe des 3 cercles, claire, démocratique et puissante. Un premier cercle à fonder, un noyau dur d’États prêts à aller plus loin pour bâtir une véritable puissance politique. Un deuxième cercle, l’Union à 27, dont le marché reste notre prospérité. Un troisième cercle, la grande Europe, qui existe déjà avec le Conseil de l’Europe, à Strasbourg, ses 46 États voués aux droits de l’Homme et à la démocratie : élargi à des coopérations concrètes, notamment une communauté des énergies nouvelles, il associerait tout le continent à la prospérité, servirait de sas aux pays qui n’ont pas vocation à entrer dans l’Union, et rappellerait la méthode des Pères fondateurs, pas de paix sans prospérité, pas de prospérité sans énergie abondante et pas chère.
Une Confédération européenne
Seul le premier cercle est à créer, et ce serait une révolution : une véritable Confédération. Contrairement à la Fédération, qui absorbe ses États, la Confédération respecterait leur indépendance tout en formant un ensemble capable de déployer une puissance technologique, économique, diplomatique et militaire face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie. Structurée autour de l’axe franco-allemand, elle établirait sa capitale dans l’eurodistrict de Strasbourg-Kehl, à cheval sur le Rhin, et regrouperait au départ 6 à 10 États volontaires, avant de s’ouvrir aux autres, car un modèle très intégré doit d’abord s’éprouver à petit nombre. Elle exercerait les cinq compétences qui fondent la puissance moderne : la défense, l’innovation et un marché unifié de l’intelligence artificielle, l’énergie et ses réserves stratégiques, le financement de l’économie, la diplomatie des valeurs et des matières premières.
Elle aurait ses institutions propres : un Parlement élu à la proportionnelle avec prime majoritaire sur une circonscription européenne, siégeant à Strasbourg dans un bâtiment déjà existant. Un Président du Conseil confédéral, élu par ce Parlement, nommant cinq ministres européens pour les cinq compétences, assisté d’un Conseil réunissant ces ministres et les chefs d’État et de gouvernement. La Cour de justice de l’Union, à Luxembourg, réglant les litiges sans dépense nouvelle. Elle disposerait d’un budget propre alimenté par une taxe data, prélevée sur tout acteur étranger utilisant une donnée européenne, sur le plus grand marché de la donnée au monde.
Le cœur de la Confédération étant la défense, son architecture obéirait à des principes clairs : assurer la paix sur le continent et protéger nos citoyens partout, doter l’Europe d’une défense efficace sans dépendre des États-Unis, préserver la souveraineté de chaque nation, et rendre impossible toute guerre entre Européens, condition d’un réarmement allemand sécurisé, ce à quoi je suis, comme Alsacien, particulièrement sensible. Chaque armée nationale resterait souveraine et libre d’agir seule, comme la France pour ses intérêts propres ; mais toutes seraient interopérables, intégrées jusqu’à la brigade dans un commandement européen activable quand la sécurité de la Confédération est en jeu, sous l’autorité de son Président et le contrôle des États. Le partage des matériels, des munitions et du commandement créerait une interdépendance telle qu’aucun régiment ne pourrait techniquement combattre un autre régiment de la Confédération, rendant la guerre intérieure matériellement impossible. C’est le principe des poupées russes : chacune existe par elle-même, mais s’emboîte dans les autres pour former un ensemble qui, à son tour, existe par lui-même.
L’arme nucléaire obéirait à deux principes. Indépendance de la France d’abord : pour la défense du territoire national, le Président de la République peut seul et lui seul donner l’ordre de tir, et le programme reste souverain à 100 %. Défense ultime de la Confédération ensuite : si ses intérêts vitaux sont menacés, la France assure la sécurité par l’arme nucléaire selon le principe des deux clés, la décision exigeant l’accord conjoint du Président français et du Président de la Confédération, celle-ci finançant alors à 100 % son dimensionnement européen, alerte avancée, sous-marins, ogives et escadrons supplémentaires. Au-delà de la défense, la Confédération se doterait d’une diplomatie commune pour parler d’une seule voix, d’un FBI européen contre les mafias et le narcotrafic, d’une police des frontières face à la pression migratoire, d’une harmonisation de l’impôt de production pour taxer enfin les géants du numérique, d’une convergence des minima sociaux par un panier d’aides ajusté au pouvoir d’achat, d’une taxe environnementale et sociale aux frontières instaurant un échange équitable par bonus-malus, et d’une grande politique technologique et spatiale pour rattraper les États-Unis et la Chine.
La souverainabilité
Cette Europe des 3 cercles maintiendrait la paix sur le continent pour des décennies, et pourrait porter la voix d’un nouvel ordre international. Bâtir un nouveau cycle de paix mondiale, c’est trouver un équilibre entre une mondialisation qui a piétiné la souveraineté des États et un retour mortifère aux nationalismes. Nous proposons de le fonder sur un concept neuf : la souverainabilité, une souveraineté responsable. La souveraineté sans frein agit sans souci des autres ni de la planète, et mène à la catastrophe. La mondialisation qui gomme les identités et les cultures n’est pas plus acceptable. La souverainabilité, elle, respecte les nations, les identités et les cultures, voit dans leur diversité une chance pour l’humanité, et fait émerger une coopération internationale au service de l’Humain et de la Vie.
Car la mondialisation a voulu imposer un modèle unique, l’occidental, à tous, alors qu’il n’y a pas assez de ressources pour 10 milliards d’humains en surconsommation, et que les inégalités y deviennent insupportables. Mais les grands problèmes, climat, virus, guerres, ne se règlent qu’à l’échelle planétaire, car les problèmes des autres deviennent vite les nôtres. Il faudra donc inventer un modèle économique plus soutenable, fondé sur l’échange réciproque et le respect des règles des autres nations et de la planète, garantissant aux générations futures les mêmes ressources et un environnement sain. Tôt ou tard, la gouvernance mondiale devra s’y adapter, et le modèle onusien, conçu il y a 80 ans par et pour les vainqueurs, aujourd’hui paralysé, devra laisser place à une organisation mondiale plus représentative, à la justice contraignante.
Voilà ce que le nouveau modèle de rayonnement pourrait porter. Une France qui rayonne de nouveau par sa culture, sa langue, ses exploits sportifs et le génie de ses citoyens. Une France redevenue le pilier d’une Europe de la paix. Une France portant la voix d’un ordre international plus juste, garant des valeurs de l’Humain et de la Vie. Voilà ce que propose le Projet France.